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Dégriffer ou ne pas dégriffer?

Des résultats de recherche de l’Université de la Saskatchewan portent un nouvel éclairage sur la pertinence du dégriffage des dindons


December 13, 2013
By André Dumont

Topics
Chez les dindes dégriffées, une importante réduction des égratignures de carcasses a été observée, alors que chez les dindons, il y avait peu d’égratignures, qu’ils soient dégriffés ou pas. par L’université de la Saskatchewan

En novembre dernier, le professeur du département de science animale et avicole, Dr Henry L. Classen, a présenté les conclusions de son équipe lors du Rendez-vous avicole de l’AQINAC, à Drummondville. Assisté par l’étudiante à la maîtrise Jocelyn Fournier, il a enquêté sur le comportement et le rendement de volatiles ayant subi ou pas le traitement de dégriffage.

En raison de l’évolution dans la production de dindon, plusieurs questions importantes demeuraient sans réponses. Les doigts étant essentiels à l’équilibre et la mobilité, comment les doigts raccourcis affectent-ils les dindons avec des poitrines considérablement plus volumineuses qu’il y a 30 ans? Maintenant que les ciseaux chirurgicaux et la cautérisation avec lame chaude ont été remplacés par le traitement des griffes par microondes de Nova-Tech Engineering, les dindons souffrent-ils moins du dégriffage?

La recherche s’est basée sur l’hypothèse que le dégriffage diminue les égratignures sur les carcasses, sans provoquer d’effets négatifs sur le bien-être des oiseaux ou leur productivité. L’impact du dégriffage a été mesuré sur la production (croissance, efficacité alimentaire et dommage à la carcasse) et le bien-être des oiseaux (longueur et variabilité des doigts, guérison des doigts, cote de démarche/posture et comportement). Hank Classen croit qu’il était nécessaire d’évaluer le bien-être animal autrement qu’en mesurant les dommages à la carcasse ou les taux de condamnation. Le dégriffage par microondes réduirait les infections bactériennes, mais la coupe pourrait-elle être trop grande?

Les expériences ont été menées sur des groupes de 32 dindes Hybrid Converter par parquet, de zéro à 15 semaines, et des groupes de 17 dindons Hybrid Converter par parquet, âgés de zéro à 20 semaines.

Deux traitements ont été comparés : aucun dégriffage et le dégriffage par microondes. Les oiseaux ont été élevés jusqu’à des âges plus avancés qu’habituellement au Canada, mais comparables aux pratiques ailleurs dans le monde.

Résultats
Chez les dindes, après 15 semaines, il n’y avait aucune différence significative de poids entre celles traitées et non traitées. Par contre, après 20 semaines, les dindons qui n’avaient pas été dégriffés pesaient environ un demi-kilo de plus que ceux qui avaient été dégriffés.  

En examinant le gain de poids tout au long de la croissance, on constate que les dindons traités et non traités suivent la même courbe pour les premiers 70 jours. Plus ils deviennent gros cependant, plus la différence s’accentue. « Ceci nous porte à croire que les dindons traités étaient en quelque sorte réticents à se rendre à la mangeoire », a indiqué Hank Classen.

Chez les dindes et les dindons, les oiseaux dégriffés ont consommé moins d’aliments de zéro à sept jours. D’après le Dr Classen, on peut en déduire qu’ils ont été affectés par le dégriffage.

Les dindons dégriffés se sont aussi moins nourris dans la période de 126 à 140 jours, confirmant l’hypothèse d’une réticence à s’alimenter qui freine l’atteinte du potentiel génétique.

Toutefois, comme la recherche antérieure l’a aussi démontré, le taux de conversion alimentaire n’a pas été affecté par le dégriffage. La mortalité a été plus élevée chez les oiseaux dégriffés, mais dans le cadre des expériences, la différence n’était pas significative statistiquement.

Il y a plutôt lieu de s’inquiéter d’une autre observation : le grand nombre de dindons dégriffés souffrant de rotation tibiale, une condition qu’on retrouve habituellement chez des oiseaux qui ont subi des dommages physiques à leurs jambes en raison d’une exposition à une surface glissante. Les chercheurs croient que l’absence de griffes sur une litière de paille pourrait être en cause.

La trouvaille la plus importante est liée aux égratignures. Chez les dindes, celles dégriffées affichaient une importante réduction d’égratignure des carcasses. Parmi les dindons, les groupes dégriffés et non dégriffés affichaient peu d’égratignures de carcasse. « à 20 semaines, ces dindons pèsent plus de 20 kilogrammes. Ce sont de gros oiseaux. Il est possible que ce soit leur grande taille qui réduise le potentiel d’égratignures », a suggéré Hank Classen.

Il s’avère que les oiseaux dégriffés avaient des doigts en moyenne 8 per cent plus courts. La repousse des doigts était très variable. Un examen de plus près a démontré qu’à 14 jours, la guérison était terminée. Dans trois échantillons sur quatre, des colonies de bactéries ont été trouvées, ce qui révèle que le traitement par microondes n’offre pas une barrière complète à l’entrée des bactéries. Dans l’ensemble, le traitement s’est avéré constant et efficace.

Les chercheurs ont été surpris de constater que lorsqu’encouragés à marcher, les dindes et les dindons ont démontré une bonne mobilité, en dépit de leur forte taille vers la fin du cycle. Cependant, pendant leur première semaine de vie, le niveau d’activité des oiseaux dégriffés était réduit. « Les effets du dégriffage étaient pratiquement partis rendu à la fin de la première semaine, rapporte Hank Classen. Ces effets étaient sensiblement moindres chez les dindes que chez les dindons, mais on en déduit qu’il y a probablement une sensation d’inconfort ou de douleur (chez les deux sexes). »

Puisque les doigts contiennent des nerfs capables d’émettre des signaux de douleur, la coupe des griffes par microondes provoque certainement de la douleur, explique Hank Classen. « Il n’y a aucun doute à l’effet que ces oiseaux ont besoin d’un peu plus d’attention après le traitement. »

Conclusions
Même si la recherche a été menée sur de petits lots dans des installations expérimentales, les conclusions sont pertinentes pour les éleveurs commerciaux.      

Sur la base de leurs expériences, les chercheurs ne recommandent pas de dégriffer les dindons, surtout ceux qui sont élevés pour les plus gros calibres. Ils ont constaté de la douleur après le dégriffage, des gains de poids inférieurs en âge avancé et un plus grand nombre de rotations tibiales. Et surtout, les dindons qui n’avaient pas été dégriffés ne présentaient pas d’égratignures sur leurs carcasses. « Nous devons nous préoccuper des questions de bien-être, affirme Hank Classen. Pour les dindons suivis dans ces expériences, le dégriffage a plusieurs aspects négatifs et aucun aspect positif. » 


Cette recherche a été commanditée par le Conseil de recherches avicoles du Canada, Agriculture et Agroalimentaire Canada et Lilydale.