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Yvon Cyr – Nouveau-Brunswick

Miser sur la collaboration entre producteurs


July 17, 2013
By Kim Waalderbos (translated by André Dumont)

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Pour que son entreprise agricole soit viable, Yvon Cyr a dû penser et gérer autrement.

Lorsqu’il décrit sa vision de l’agriculture, Yvon Cyr insiste d’emblée pour dire que si son entreprise connait du succès, c’est parce qu’il a toujours voulu travailler avec les autres producteurs, afin que l’entraide profite à tous.

Notre éleveur de volaille avait pourtant choisi de devenir policier, avant de se rendre compte que le style de vie ne lui conviendrait pas et qu’il voulait se rapprocher de son patelin. Il s’est donc trouvé un emploi dans une meunerie du nord du Nouveau-Brunswick. Quelques années plus tard, quand s’est présentée l’opportunité de reprendre la ferme familiale à la retraite de son père, il a fait le saut.  

À ses débuts en octobre 1987, l’aviculture se portait plutôt mal. « Les profits n’étaient pas au rendez-vous et l’industrie était encore jeune et peu efficace », se rappelle-t-il. Avec le temps tout allait s’améliorer, mais à ce moment, Yvon Cyr devait revoir son modèle d’affaires s’il voulait survivre.

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Son entreprise, Ferme du Moulin Inc., est située à Saint-François-de-Madawaska, un village d’environ 550 âmes, la plupart des francophones du nord de la province. L’endroit est isolé, dans une région où les éleveurs importent généralement leurs aliments de base (maïs et petites céréales) de l’extérieur. L’emplacement lui procurait un désavantage compétitif, surtout en raison des coûts pour y faire venir les intrants agricoles.  

Comme solution, Yvon Cyr se joint au début des années 1990 à un groupe d’achats que son père et son frère (éleveur de dindon) venaient tous juste de fonder avec cinq autres producteurs avicoles du coin. Les débuts du groupe étaient plutôt informels, avec des achats regroupés pour des intrants comme la moulée et les médicaments.

« Ensemble, en tant que groupe, nous augmentions notre pouvoir d’achat », explique Yvon Cyr. Avec des escomptes de volume et des frais de transport partagés, les membres pouvaient mieux contrôler leurs coûts de production.

Avec le temps, le groupe s’est mis à réaliser de plus en plus d’achats en commun. En 2002, les producteurs ont décidé de formaliser leur collaboration en fondant Groupe Westco Inc, avec les six producteurs comme actionnaires.

Le moment n’aurait pu être mieux choisi. Les membres voulaient s’assurer un avenir dans une industrie qui subissait des changements rapides. Au milieu des années 1990, la fermeture d’une usine Maple Leaf à Sussex, au Nouveau-Brunswick, avait incité les éleveurs du sud de la province à acheminer leurs poulets vers le nord pour la transformation. D’après Yvon Cyr, certains producteurs proches de la retraite ont plutôt choisi de vendre leurs quotas, qui furent rachetés en grande partie par des producteurs de sa région qui étaient en mode croissance.

Pour sa part, Yvon Cyr a fait croître son quota de production de poulet de 635 000 à 3,5 millions de kilogrammes. La plupart de cette progression a eu lieu vers la fin des années 1990. Aujourd’hui, il exploite 12 poulaillers, sur trois sites. L’âge et le format des poulaillers varient, tout comme leur grandeur (capacité de 14 000 à 60 000 oiseaux).  

Notre producteur accompagne régulièrement ses collègues du Groupe Westco à des expositions avicoles en Ontario, aux États-Unis et en Europe, pour rester au fait des tendances de l’industrie. Les équipements, technologies et techniques qu’ils découvrent les aident à moderniser leurs installations.

À travers du Groupe Westco, les producteurs continuent à explorer les moyens de gérer les risques d’affaires. Yvon Cyr et ses collègues ont diversifié leur portefeuille d’actifs au-delà de la production de poulet et de dindon, pour inclure les oeufs et un couvoir pour poulets à griller.

Les membres du groupe ont poussé leur esprit de collaboration jusqu’à établir de nouveaux partenariats, que ce soit pour un poste de classification, la conversion de fumier en fertilisant biologique de haute qualité, ou le nettoyage et la désinfection de poulaillers.

En 2012, le groupe a inauguré son propre abattoir, en partenariat avec Olymel. Il s’agit d’un moyen de s’assurer un transformateur pour les poulets de ses membres, de la possibilité de vendre leurs produits à plus d’un client et de contrôler le processus, de l’incubation jusqu’au consommateur.

Ensemble, les membres du Groupe Westco produisent 20 millions de kilogrammes de poulet, trois millions de kilogrammes de dindon, 80 000 poulets reproducteurs et 200 000 pondeuses. L’abattoir et les fermes embauchent plus de 375 travailleurs, répartis entre les entreprises individuelles et celles détenues en commun.  

Yvon Cyr est reconnaissant envers ses employés et sa famille, qui lui permettent d’avoir une entreprise prospère, tout en conservant un équilibre qui rend possible d’assister aux matchs de hockey de ses fils et de passer du bon temps en famille.  

Son épouse Linda et lui ont quatre fils : Pierre-David, qui est économiste au Groupe Westco; Charles-Francis, qui est fabricant d’armoires; Andy, qui étudie pour devenir enseignant; et Samuel, qui est à l’école secondaire. Les quatre garçons passent leurs étés à aider dans les poulaillers.

Redonner à la communauté est important pour la famille Cyr. Elle contribue en temps et en argent à plusieurs oeuvres caritatives. En tant que membre du Groupe Westco, elle organise un barbecue le premier samedi de juin pour la Société canadienne du cancer.     

Depuis ses débuts en agriculture, Yvon Cyr s’est beaucoup impliqué dans l’industrie de la volaille, siégeant aux conseils d’administration des Producteurs de poulet du Nouveau-Brunswick et des Producteurs de poulet du Canada (où il est le représentant de sa province depuis 1997). Il est aussi l’ancien président de la chambre de commerce locale.