Poulailler enrichi, poules sans soucis

Maurice et Alain Richard sont les premiers au Québec à utiliser des cages enrichies. Leurs poules profitent à fond de l’espace supplémentaire et des accessoires.
André Dumont
Saturday, 10 March 2012
By André Dumont
Maurice Richard (deuxième à droite) et son frère Alain (à droite) sont satisfaits de leur décision d’installer des logements entièrement enrichi. On voit également fils de Maurice Jean-Philippe (à gauche) et Alexandre (deuxième de gauche).
Maurice Richard (deuxième à droite) et son frère Alain (à droite) sont satisfaits de leur décision d’installer des logements entièrement enrichi. On voit également fils de Maurice Jean-Philippe (à gauche) et Alexandre (deuxième de gauche).

Chassez le naturel et il revient au galop. Qui aurait dit que cette expression s’appliquait judicieusement à l’aviculture?

Dans son tout nouveau poulailler enrichi, Maurice Richard constate que les poules reprennent des comportements naturels plutôt difficiles à exprimer en cage conventionnelle.


La Ferme Paul Richard et fils, à Rivière-Héva, en Abitibi, est la première au Québec à se doter d’un poulailler aux cages enrichies. Les poules s’y sont installées à la mi-septembre et déjà, on constate qu’elles se servent abondamment de l’espace supplémentaire et des accessoires que ce système leur offre.


Copropriétaire avec son frère Alain, Maurice Richard préfère parler d’ « habitacles » plutôt que de cages. « J’essaie d’éviter le mot cage de plus en plus, dit-il. Les gens ont l’impression qu’une cage, c’est une prison. » Dans le nouveau poulailler, les poules sont hébergées par colonies de 60 individus, dans des cages de 1,25 m par 3,6 m.
Le système Farmer Automatic que les Richard ont choisi est conforme à la norme européenne pour 2012. Il offre à chaque poule environ 80 % plus de superficie et trois fois plus de volume d’air (mètres cubes) qu’un système de cages conventionnelles.


Ces cages sont conçues en fonction des besoins naturels de poules. Selon Maurice Richard, elles se servent véritablement des accessoires. « Le soir, elles s’installent toutes sur les perchoirs pour dormir et
95 % d’entre elles se servent des isoloirs pour pondre. » Elles utilisent aussi le tapis pour se gratter les pieds et profitent de l’espace pour étirer leurs ailes.


Maurice Richard a réfléchi pendant deux ans et demi avant de décider d’aller de l’avant avec un système enrichi. Il a visité des poulaillers en Grande-Bretagne, en France, aux Pays-Bas et en Allemagne, en plus de lire des recherches scientifiques à ce sujet. Malgré un dépassement de coût de 400 000 $, pour une facture totale de 1,5 million $ pour héberger 28 000 pondeuses, il est convaincu du bien fondé de sa décision.


La différence avec ses deux autres poulaillers encore en cages conventionnelles est frappante, dit le producteur abitibien. « Ce système est vraiment meilleur pour les oiseaux et on se sent vraiment mieux quand regarde ce que ça donne, dit-il. Les poules sont beaucoup plus calmes. Elles sont à l’aise et ne se préoccupent pas de nous quand on circule dans le poulailler. »


Le 11 octobre dernier, la famille Richard tenait une journée porte ouverte pour les gens de l’industrie. Chose peu commune, ils ont voulu organiser l’événement une fois les poules arrivées. « Les gens avaient l’autorisation d’aller partout dans le bâtiment. Ils ont vu la différence dans le comportement des oiseaux », raconte Maurice. Parmi les invités qui se sont soumis aux mesures de biosécurité se trouvait le ministre de l’Agriculture du Québec, Pierre Corbeil, qui est aussi député d’Abitibi-Est.


Déjà, on observe des résultats tangibles : les poules pondent à un plus jeune âge et le taux de mortalité est beaucoup plus faible. Si ne n’était pas des quelques oiseaux qui s’endorment sous les perchoirs et y restent coincés trop longtemps sans qu’on vienne les libérer, les mortalités seraient pratiquement nulles.


On a aussi observé que les poules consomment un peu moins d’alimentation, mais cela pourrait être attribuable à la meilleure isolation du bâtiment, soupçonne Maurice Richard. Selon lui, les poules en cages enrichies sont plus actives, mais elles ne consomment pas nécessairement plus que leurs consoeurs en cages conventionnelles.


L’humidité s’avère plus faible dans le bâtiment. Cela pourrait s’expliquer par une meilleure ventilation, mais aussi par le fait que le volume d’air est plus grand, ce qui permet aux fientes de sécher plus vite.


Quant aux autres indicateurs de bien-être, il est encore trop tôt pour les observe. Puisqu’elles font plus d’exercice, les poules devraient développer de meilleurs os. Avec plus d’espace, leur plumage pourrait s’user moins. La qualité de la coquille des oeufs pourrait aussi s’améliorer.

Mise en marché
La Ferme Paul Richard et fils est l’un des rares au Québec à posséder un poste de classification et à faire sa propre mise en marché. Les oeufs de la marque Les Oeufs Richard Eggs Inc. sont écoulés principalement en Abitibi.


Comment mettre en valeur les oeufs produits en cages enrichies pour les vendre à meilleur prix? Les Richard y réfléchissent encore. Sur le marché relativement petit de l’Abitibi, la demande pour des oeufs de spécialité ne suffirait pas à absorber le tiers des oeufs de la ferme. C’est sans doute quand d’autres producteurs au Québec utiliseront aussi des cages enrichies qu’une mise en marché en produit de niche pourra s’organiser.


Maurice Richard croit que ces oeufs feront compétition à ceux des poules en liberté sur parquet. « Nos poules sont aussi en liberté, dit-il. La plus grande différence est qu’elles n’ont pas accès à leurs fientes. C’est donc plus propre et plus sanitaire. »


À défaut d’obtenir un meilleur prix pour les oeufs de ce poulailler enrichi, le coût de production sera plus élevé et les bénéfices plus faibles, ne serait-ce qu’en raison du coût de construction supérieur. Une conversion alimentaire supérieure, ainsi qu’un taux de mortalité inférieur, pourraient venir atténuer la différence de rentabilité avec les poulaillers conventionnels.

L’avenir
Les frères Richard ont les yeux résolument tournés vers l’avenir. « Quand on prend une décision comme celle de construire un nouveau poulailler, c’est pour 20 ou 25 ans », dit Maurice, qui se doute bien que tôt ou tard, les cages enrichies deviendront aussi la norme au Canada. La pression du public en faveur du bien-être animal est bien palpable, rappelle-t-il.


En plus de vouloir offrir de meilleures conditions d’élevage à leurs poules et d’anticiper que l’opinion publique force un jour les producteurs à convertir tous leurs poulaillers, les Richard ont le souci de préparer leur ferme à la relève.

Jean-Philippe et Alexandre, les fils de Maurice, rentreront bientôt des études pour prendre leur place à la ferme.


« Ils ont à coeur la ferme et ils participent déjà aux décisions », dit Maurice de ses fils. Ce dernier songe à la retraite et il sait très bien qu’il est plus facile pour lui d’emprunter pour investir que ce le sera pour ses fils lorsque la ferme viendra tout juste de leur être transférée.


Ce premier poulailler enrichi servira à mesurer les coûts et avantages de ce système, mais déjà, Maurice Richard sait que sa prochaine construction sera aussi du type enrichi. « C’est certain qu’on ne retournera pas en arrière. » n

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